Chroniques

J’aurais pu rêver mais que vois-je ?

J’aurais pu rêver. Mais que vois-je ?

J’aurais pu rêver d’un pays libre où ses citoyens sont égaux devant la loi; où le peuple parle ses trois langues; où le barbu se mette amusé sur son séant autour d’un café pour lui et d’une bière pour son vis-à-vis; où ses dirigeants sont légitimes; où il y a des mosquées rayonnantes, des églises majestueuses et des synagogues flamboyantes. 

J’aurais pu rêver que ce pays soit varié où chaque région donne l’impression de pénétrer un pays; où les pieds-noirs et les juifs reviennent; où le voile côtoie le mini, la chéchia la cravate, le raï le chaabi, la danse du désert celle des montagnes,

J’aurais pu rêver que ce pays soit une référence dans la biodiversité, la paix et le progrès; qu’il soit une destination prisée; que son système de santé puisse profiter même aux autres pays; que ses richesses fossiles puissent se reposer; qu’il en réserve une partie à la recherche, à la culture, au sport et qu’il en lègue une autre à la génération future. 
J’aurais pu rêver que ce peuple s’arrête un instant et qu’il se regarde en face, sans masque et qu’il soit digne de ses aïeux morts dans d’atroces interrogations sur le devenir de ceux qu’ils auront laissés orphelins.

Et que vois-je en face ? Un pays fichu, évité des regards, possédé par la rancune et l’appât de la médiocrité, un pays belliqueux et faussement fier, malade de ses préjugés, morcelé entre une mafia et un peuple incapable de réfléchir au delà de l’instinct de sa survie. 
Je vois un pays dirigé par un absent, noyé dans la corruption et la fraude, dissout dans la démagogie religieuse, déchiré et divisé où chaque entité nie l’existence de l’autre pour se sentir exister. Un pays anesthésié par une religion unique, un ballon rond médiocre et des rêveries d’embarcation. Je vois des terres fertiles stérilisées par le ciment, une architecture macabre, un environnement sale. Je vois une langue ancestrale moribonde, une autre en béquilles et une troisième imposée au prix de son mépris par les privés de la parole. 

Je vois une agriculture morte, une école morte, une économie morte, une industrie morte et un tourisme mort. Je vois un pays où il n’y a que la mort qui est vivante.

Je vois enfin un pays déçu par ceux qui le foulent matin et soir dans d’incessants va-et-vient sans but. Un pays condamné, faible et honteux, mal dans sa peau. Constamment. 
Un pays qui me ressemble et qui vous ressemble, tous, un pays incapable d’être un pays, qui n’aurait pas lieu d’être, un pays symbole d’une fausse note. Je vois un pays qui a tenté de s’unir pour du faux, alors qu’il se divise pour de vrai !

 

Yasin Tefra Tfuk

 J'aurais pu rêver mais que vois-je ?

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