Chroniques

⚫Contribution : Lettre d’une mère Kabyle à son enfant exilé. KDirect.info

Mon cher fils,

 
C’est la deuxième année consécutive depuis que tu as quitté la maison pour poursuivre tes études à l’étranger. C’est la deuxième année consécutive où je t’entends dire : « Si tu es chanceux, tu ne reviendrai jamais dans ce pays.  »

J’avoue, à chaque fois que je t’entends dire ça je ressens à l’intérieure de moi une sensation de brûlure, mais honnêtement. Cet été tu es venu pour passer deux mois de vacances en Algérie et durant ton séjour tu avais les nerfs brûlés entre les coupures d’électricité et le manque d’eau, entre les feux de forêts et les assassinats d’enfants.
Sincèrement, pourquoi reviendras-tu, alors que tout ce qui t’attends ici ne te promet que de gaspiller ton énergie, te faire perdre ton temps et ignorer tes capacités ?

Pourquoi reviendras-tu, toi qui donnes autant de prestige à la loi, pour la voir se faire violer pas tous les responsables dans ce pays ?

Pourquoi reviendras-tu, toi qui respectes le code de la route, tu te retrouveras coincé dans le cauchemar des embouteillages des routes et des accidents mortels ?

Pourquoi reviendras-tu, pour voir ces centaines de jeune au chômage, se tenants en files d’attentes devant les ambassades afin d’obtenir un visa ou un travail à l’étranger ?

Tu m’as déjà dis que ton rêve est de nous voir réunis toi et moi, loin de l’Algérie, je ne voulais pas te convaincre du contraire alors que tu es entrain de réussir ta vie et de créer un avenir décent.
Moi-même, je suis devenu presque convaincue de l’absence d’espoir, parce que le désespoir a saisi tout, en raison des énormes obstacles qui ne cessent de se mettre sur nos chemins, tel quelqu’un qui essaie de faire pousser une rose dans un désert stérile qui est l’Algérie.

Mais mon fils, je ne veux pas croire que tu ne reviendras pas et que tu vas construire ta future vie sous d’autres cieux. Je ne veux pas croire que je suis désespérée. Je ne veux pas croire que votre génération ne sera pas en mesure de faire quelque chose pour briser cette tyrannie qui est entrain de nous tuer les uns après les autres.

Je ne veux pas croire que ce pays où vous avez vécu votre enfance et que vous avez aimé, n’a pas de la place pour vos rêves, vos pensées, vos mœurs et vos valeurs.

Tu sais pourquoi je ne veux pas croire ? Ce n’est pas pour la raison de l’amour du pays ou bien de mes sentiments, je ne veux seulement pas te voir abandonner tout, je veux te voir faire tout pour être en mesure d’atteindre ce que tu as visionné. Paix à toi, ta mère qui t’aime. 

 

Kenza Tahiri

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Catégories :Chroniques, Kabylie

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