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Un rapport du Global Reporting Initiative (GRI) prédit une deuxième guerre civile en Algérie. KDirect.info 

De mornes perspectives économiques et des années de chute des prix du pétrole ont planté le décor de l’agitation populaire en Algérie. Le pays fait également face aux défis sécuritaires, notamment la présence de groupes terroristes, des frontières poreuses ainsi qu’un risque de contagion du voisinage : Libye et Mali. Ce rapport spécial de la Global Reporting Initiative (GRI) tente de comprendre comment la situation s’est transformée en crise et quelles sont les perspectives qui en découleront.

Crise pétrolière

L’Algérie a massivement investi dans l’exploitation du pétrole et du gaz dans le but d’accroître son exportation vers l’Europe. Ces ressources représentent 97% de ses revenus et 60% de son budget de fonctionnement. Par la suite, les prix du baril ont commencé à chuter sur les marchés mondiaux- entraînant des conséquences dramatiques. Alger perd alors 30% de son budget total, en 2015 le gouvernement est forcé de mettre en place des mesures d’austérité pour la première fois [depuis le plan d’ajustement du FMI en 1994].

Pour faire passer la pilule, le gouvernement décide d’avoir recours au Fond Souverain pour équilibrer le budget. Cependant, après deux ans, le fond a fondu comme neige au soleil.

Pour couronner le tout, les réserves de pétrole et de gaz de l’Algérie sont pratiquement taries et la production est chaque année moins importante.

Le gouvernement a tenté de gagner du temps en prospectant de nouveaux gisements en 2016. Sonatrach a déclaré avoir trouvé 32 éventuelles nouvelles zones d’exploration.

Seulement, la plupart de ces nouveaux gisements sont en réalité du gaz de schiste. L’extraction du gaz de schiste nécessite de très grandes quantités d’eau, la fameuse fragmentation hydraulique. Dans un pays en dessous du niveau de pauvreté hydraulique définit par l’ONU et l’un des pays les plus arides du monde, cela a tout l’air d’être une solution de court-terme, en plus de l’opposition générale des populations face au gaz de schiste.

Dans le meilleur scénario possible, l’Algérie pourrait produire du gaz au prix d’aujourd’hui jusqu’à 2030. Ce qui donne au pays une petite dizaine d’années pour trouver une ressource alternative capable de combler les 60% de budget de fonctionnement.

De la crise pétrolière à la crise économique

L’Algérie doit diversifier son économie urgemment, mais elle fait face à un certain nombre d’obstacles. Le Fond Souverain ayant été vidé, la capacité d’investir au niveau national a été entravée. Les entreprises privées algériennes, marginalisées par l’obsession de l’État face aux ressources pétrolières, accusent un manque de compétitivité. L’industrie du Tourisme, sous-exploitée, fait partie du Top 5 des priorités du gouvernement, mais continue malgré tout de souffrir d’une promotion insuffisante et d’un manque de vision sur le long-terme.
Une bureaucratie excessive, un cadre législatif décourageant sont autant d’obstacles aux investissements étrangers qui préfèrent se diriger vers le Maroc.

Citons l’exemple du groupe automobile français, Renault, qui a investi dans une petite usine en Algérie mais qui a choisi le Maroc pour son plus gros investissement. La situation est similaire avec la Chine, même si celle-ci a tout de même bénéficié de gros contrats publics, tels que la Grande Mosquée d’Alger. Toutefois, le Maroc demeure un partenaire plus attractif avec 10 Mds de dollars d’investissements pour la « Mohammed VI Tanger-Tech ».

Manque d’alternatives

Il apparaît de plus en plus clair que l’Algérie se positionne derrière ses voisins qui ne disposent pourtant pas de ressources naturelles. Les richesses de ce pays ont été mal gérées par son élite : l’affaire des Panama Papers a révélé l’étendue des dégâts et le degré de corruption atteint entre le gouvernement et la Sonatrach.

La maladie de l’actuel président Bouteflika a renforcé les croyances que le pouvoir ne se situe pas uniquement entre ses mains mais est bel et bien partagé entre les militaires, les cadres du parti majoritaire à l’Assemblée- le Front de Libération Nationale- ainsi que le DRS, les Services de Renseignement.

En réalité, c’est le cas depuis l’indépendance du pays en 1962. D’abord, le gouvernement tirait sa légitimité de son rôle durant la Guerre de Libération, puis dans les années 90, il a renforcé son pouvoir en usant de la guerre contre le terrorisme. Durant les années fastes du pétrole en 2000, les forces dirigeantes ont utilisé la manne pétrolière pour taire les demandes populaires en matière de progrès, d’emplois et de libertés individuelles.

Pendant le « Printemps arabe », l’Algérie a cherché à éviter tout basculement en redistribuant massivement les richesses. Il y a six mois, des protestations contre le budget de 2017 ont éclaté en Kabylie, le Ministre de l’Intérieur avait aussitôt annoncé un plan de 10Mds de dollars pour préserver le pouvoir d’achat des algériens.
Mais les caisses de l’État se vident et les élites commencent à manquer de recours afin de contenir les troubles sociaux, et les algériens auraient beaucoup de raisons de ne pas être satisfaits de cette situation.

Une tempête parfaite

La crise pétrolière des années 80 et l’inflation qui s’en est suivie ont été les facteurs principaux de la guerre civile qui a opposé le gouvernement aux groupes islamistes. Une guerre qui a coûté la vie a plus de 200.000 morts.

Tous les ingrédients qui avaient mené à une Guerre Civile en 1990 se trouvent réunis dans l’Algérie d’aujourd’hui. Une crise économique majeure, un FLN corrompu, des leaders islamistes qui ne prêchent pas contre la corruption et des tensions liées à la question de l’identité.

En effet, les questions identitaires génèrent une violence sans précédents, spécialement en Kabylie où l’héritage Amazigh (berbère) reprend de l’ampleur en opposition à l’identité arabo-musulmane. Dans le même temps, Ali Belhadj, un ancien leader du FIS, un groupe militant islamiste, a petit à petit procédé à des apparitions publiques, avec a priori, l’accord des autorités. Il y a un mois, lorsque Ali Belhadj a visité la mosquée d’un quartier populaire d’Alger, des centaines de personnes l’ont accueilli en héros.

A tout cela il faudrait ajouter le problème démographique de l’Algérie. La majorité de la population est jeune, avec une moyenne située autour de 27,7 ans. Non seulement les jeunes sont plus à même d’occuper la rue, mais cela veut aussi dire qu’une large part de la population n’a aucun souvenir de la « décennie noire » qui a suivi la Guerre Civile.

Le dernier élément de déstabilisation est la maladie du Président, qui a mené à une guerre de clans au sein même de l’élite.

Luttes intestines fatales ?

Il y a des signes qu’une guerre de clans soit entrain de s’opérer, elle impliquerait la garde rapprochée du clan présidentiel, les oligarques, les Services de Renseignement et le Chef de l’armée. Afin d’apprécier toutes les implications, il est essentiel de comprendre que le régime algérien se situe quelque part entre le dictature militaire et l’État policier avec une façade démocratique, dans lequel les alliances se font et se défont au gré des intérêts et des enjeux.

Il y a les alliances entre la hiérarchie militaire et le DRS d’une part et le FLN, le monde de la Finance, et de puissantes familles d’autre part.

Ces groupements se disputent le détournement de milliards de dollars issus des revenus pétroliers, notamment par le système de commissions prélevées sur la plupart des contrats d’importation ou d’exportation. Ces informations ont été récemment étayées en Italie, où un procès est en cours, à propos de détournements de fonds où des cadres de la Sonatrach ont été impliqués.

Les élites sont plus préoccupées par leur propre survie que par leur capacité d’appréhender les problèmes économiques et sociaux que rencontre le pays.

Une période à hauts risques

Lors d’un discours au mois de septembre, l’actuel Premier Ministre, Ahmed Ouyahia a déclaré qu’à partir du mois de novembre, le pays n’aurait pas d’autres choix que de procéder au financement non-conventionnel afin de payer les fonctionnaires de l’État. Il a, par la même occasion, confirmé que les aides de l’État ne seraient pas touchées, que les retraites augmenteraient alors que les taxes, elles, ne seraient pas concernées par une augmentation.

Ce qui veut dire que l’Algérie continuera de dépenser au même rythme, avec aucun revenu en augmentation, mais en se basant sur un recours aux prêts.

Des politiques pareilles pourraient mener à un fort taux d’inflation durant les deux prochaines années à venir, et un déclin du PIB per capita, ce qui aura de graves conséquences sur les ménages.

La stabilité de l’Algérie reposait sur deux piliers : la croissance économique issue de la manne pétrolière et la réticence des anciennes générations à revivre les traumatismes d’une Guerre Civile. Avec ces deux piliers qui se fissurent, l’Algérie est à l’aube d’une période d’instabilité à hauts risques.

 

Article original : http://globalriskinsights.com/2017/10/civil-war-looming-algeria/

Traduction : Selma DM


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