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Lancement officiel du projet de recherche génétique sur les Kabyles – K-DIRECT

SCIENCE (KDirect) — Une seule étude a été menée à ce jour sur les Kabyles, totalisant à peine 19 échantillons et tirant par-là de bien fausses statistiques sur nos origines… Celle-ci a trouvé chez nous à peine 50% de Kabyles d’origine berbère E-M81, tandis qu’ils ont trouvé 15% (3/19) de Kabyles d’origine arabe J1, 15% d’origine européenne R-M269, etc…

Ci-après le message la contribution d’un chercheur et scientifique Kabyle sur la question :

Bonjour à tous,

Je m’adresse aujourd’hui à tous les Kabyles intéressés par leurs origines et celles de notre peuple pour les informer d’un projet qui a été lancé récemment : le projet d’étude sur la génétique Kabyle.

Avant de rentrer dans les détails, il m’est nécessaire de vous livrer une première initiation au domaine de la génétique. Quand on entend génétique, on pense tout d’abord à des pourcentages liés à des origines précises, à des zones géographiques précises, mais c’est loin d’être aussi clair et net. En effet, les résultats divergent grandement dépendamment des compagnies, des bases de données, des algorithmes utilisés, ou encore des objectifs des personnes derrière ces compagnies : en réalité, il est tout bonnement impossible de déterminer ainsi l’origine d’une personne avec une telle précision. Prenons pour exemple un problème des plus récurrents pour ces pourcentages : les gènes partagés par différentes populations : ceux-ci peuvent fausser les résultats car ils seront catégorisés d’une manière plutôt que d’une autre, on peut notamment prendre pour exemple les gènes partagés entre les ibères et les Nord-Africains, qui nous donne à tous des pourcentages de sang ibère sur ces tests. Il est cependant vrai que certaines compagnies sont plus fiables que d’autres dans cette détermination (MyHeritage et FTDNA notamment), tandis que d’autres sont carrément à jeter (AncestryDNA par exemple).

Ainsi, ces tests sont au final plus faits pour l’amusement, pour contenter les gens et les divertir en leur inventant une myriade d’origines, pour un but lucratif, qu’à de réelles fins scientifiques.

Existe-il alors des critères fiables et non sujets à des différences d’interprétation qui peuvent caractériser la génétique des populations ?

Ces critères, qui sont les sujets principaux des études génétiques, se nomment les haplogroupes. Sous ce nom peu évocateur se cache en réalité quelque chose d’assez intuitif. Pour schématiser, l’ADN peut se diviser en deux parties : l’ADN autosomal, duquel on extrapole les pourcentages précédemment explicités, et les haplogroupes. Il existe deux types d’haplogroupes : les haplogroupes patrilinéaires (paternels) et les haplogroupes matrilinéaires (maternels).

Il convient de faire une très courte parenthèse de biologie afin d’expliquer ce que sont ces haplogroupes : chaque être humain possède un chromosome X issu de sa mère, auquel s’ajoute un chromosome Y de son père si c’est un homme, ou un chromosome X de son père si c’est une femme. Au fur et à mesure des générations, il se produit certaines mutations sur ces chromosomes, qui sont elles-mêmes transmises aux générations suivantes. Ainsi, en étudiant les mutations sur ces chromosomes, il est possible de déterminer précisément l’origine de la lignée paternelle de père en fils (patrilinéaire) d’un homme et l’origine maternelle de mère en fille/fils d’un homme ou d’une femme (matrilinéaire). L’étude de ces mutations se nomme l’étude des haplogroupes.

Ainsi, les scientifiques, en testant de nombreuses personnes à travers le monde, et également en testant des restes humains anciens bien conservés ont pu attribuer à chaque mutation une origine bien particulière : par exemple, l’haplogroupe E-M81 est ce que l’on appelle l’haplogroupe berbère, l’haplogroupe R-M269 est l’haplogroupe des européens de l’Ouest, etc…

Ces haplogroupes se définissent par le fait d’avoir une mutation ou non, il n’y a pas de place à l’interprétation, ils sont quelque chose de sûr, ce qui explique pourquoi ce sont eux que l’on étudie en génétique.

Il faut garder à l’esprit que ces haplogroupes sont transmis uniquement sur un seul chromosome et ne représentent qu’une infime partie de l’information génétique, ils expriment uniquement l’origine ancienne d’une personne : ainsi, un émigrant subsaharien ayant émigré en Europe il y a des milliers d’années pourra avoir aujourd’hui tous ses descendants blonds aux yeux bleus 99,9% européens, mais ses descendants masculins auront toujours la marque sur leur chromosome Y de leur origine subsaharienne.

Ce sont principalement les haplogroupes paternels qui sont étudiés car les males ont tendance à rester fixés sur une même terre beaucoup plus que les femmes, qui doivent aller plus loin pour se marier par exemple, ainsi les haplogroupes maternels dans un même territoire sont toujours beaucoup plus divers.

Une seule étude a été menée à ce jour sur les Kabyles, totalisant à peine 19 échantillons et tirant par-là de bien fausses statistiques sur nos origines… Celle-ci a trouvé chez nous à peine 50% de Kabyles d’origine berbère E-M81, tandis qu’ils ont trouvé 15% (3/19) de Kabyles d’origine arabe J1, 15% d’origine européenne R-M269, etc… Constatant au fur et à mesure de mes recherches que ces pourcentages n’étaient pas effectifs, ce projet a été créé afin de mener la plus grande étude génétique jamais réalisée sur la population Kabyle et de rétablir la vérité sur nos origines.

Sont maintenant totalisés plus de 100 résultats d’haplogroupes paternels Kabyles dans le cadre du projet, que j’ai résumé dans les statistiques ci-jointes. Sur 100 résultats, il y a 64% de Kabyles d’origine lointaine autochtone berbère, je ne détaillerai pas ici les autres pourcentages pour ne pas alourdir la publication, mais aucune lignée d’origine arabe n’a pour l’instant été trouvée sur 100 échantillons, comme quoi nous sommes bien loin des 15% de la précédente étude !

Un aspect également sympathique des haplogroupes est une conséquence de leur mode de transmission : par exemple, j’ai eu l’occasion d’analyser l’ADN de 3 descendants éloignés les uns des autres du saint Kabyle Sidi Yeḥya n At Σidel, les trois possédant l’haplogroupe J2 (cet haplogroupe est large et nous avons besoin de connaitre leur sous-groupe afin de déterminer leur origine) on a pu en déduire que Sidi Yeḥya était J2.

L’haplogroupe berbère, comme tous les autres haplogroupes, se ramifie ensuite lui-même en plusieurs sous-groupes, dont nous recherchons toujours les origines, cependant certains sont d’origine connue grâce à la recherche sur l’haplogroupe E-M81 : E-Z5009 pour les berbère zenaga (senhadja), E-CTS12227 l’haplogroupe des berbères zénètes, E-A2227 pour les berbères Nafussa, etc…

Tout ce qui manque maintenant, ce sont des résultats, afin de progresser dans la recherche génétique Kabyle et berbère : chacun de vous peut nous aider.

En faisant un test ADN, vous apprendrez en même temps votre origine et aiderez la recherche génétique.

Pour aider le projet il existe différentes manières :

Tout d’abord, celle qui est privilégiée, c’est de vous faire tester vous-même, je travaille bénévolement avec le support du laboratoire américain FTDNA qui offre les couts les moins chers et le plus de détails sur les haplogroupes. Tandis que les autres compagnies comme 23andme vous diront uniquement si vous êtes d’origine berbère, FTDNA va jusqu’au niveau de la tribu pour l’haplogroupe berbère E-M81 (ils nous donnent les données brutes, qui sont ensuite interprétées grâce à notre connaissance) et de manière générale donne plus de détails si vous appartenez à un autre haplogroupe. Le test se nomme le Y-12 et coute la modique somme de 58 euros, il peut être commandé à l’adresse suivante : https://www.familytreedna.com/group-join.aspx?Group=Kabylia (la compagnie livre dans le monde entier et même en Kabylie). Dans ce cas, il faudra si possible indiquer dans son profil FTDNA le maximum d’informations quand à son origine : tiwsit (tribu), adrum (clan), etc… Les tests de personnes disposant d’un lointain arbre généalogique sont encore plus précieux, ainsi que ceux de personnes descendants du même ancêtre que de personnalités connues par exemple. (le frère de Zidane a testé, ce qui nous a permis de savoir que Zidane est d’origine berbère E-M81)

Ensuite, vous pouvez faire des dons sur le site même du projet FTDNA, qui peuvent être utilisés uniquement sur ce site et qui sont seront mobilisés pour tester des familles bien sélectionnées pour certaines particularités (arbre généalogique qui remonte loin notamment) en Kabylie n’ayant pas les moyens de s’offrir un tel test. Chaque don, si petit soit-il, est très précieux.

https://www.familytreedna.com/groups/kabylia/activity-feed

Vous pouvez également rejoindre la page et le groupe officiel du projet si vous avez de quelconques questions, je me tiens à votre disposition. Vous pourrez suivre l’avancée du projet et discuter avec des Kabyles intéressés.

https://www.facebook.com/groups/kabylednaproject/ https://www.facebook.com/kabylednaproject/

Merci de votre attention,

Kabylement vôtre,

Amaziγ n Ayt-Ɣebṛi

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1 réponse »

  1. Azul,
    Article très intéressant. Domage que l’info sur votre projet soit publié 2 ans après que j’ai fais mon test qui a confirmé mes origines nord africaines. J’espère qu’il y beaucoup d’adhésion pour finaliser votre etude.
    Tanmirt

    J'aime

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